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Dissertation Terminale Es Croissance

Corrigé

Introduction

L’accord trouvé par près de 200 pays lors de la COP 21 à Paris montre l’importance grandissante des problèmes écologiques dans les préoccupations politiques, ainsi que la reconnaissance de la responsabilité des activités humaines, et plus particulièrement la volonté de favoriser la croissance économique. Il s’agit de se demander si celle-ci nuit nécessairement à la préservation de l’environnement.

La croissance économique, qui représente l’augmentation de la production sur une longue période mesurée par le taux de variation du produit intérieur brut réel, implique la dégradation de l’environnement, empêchant ainsi le développement durable. Cependant, si l’on peut montrer que la croissance économique nuit à la préservation de l’environnement, il est possible de considérer, sous certaines conditions, que les deux sont compatibles.

I. La croissance nuit actuellement à la préservation de l’environnement

1. Les limites écologiques de la croissance…

Dès le début des années 1970, un certain nombre d’études alertent sur les dangers que fait courir la volonté de privilégier la croissance économique comme facteur de progrès. Ainsi, le rapport Meadows publié en 1972 sous le titre Halte à la croissance ? met en évidence les limites écologiques du système productif des pays développés. Une première limite tient à la surexploitation des ressources naturelles. Le modèle productiviste peut avoir pour conséquence la disparition définitive de certaines espèces animales. Ainsi, la surpêche de thons destinée à répondre à une demande croissante risque de faire disparaître certaines espèces de ce poisson (document 3). Les ­ressourcesnon renouvelables – comme le pétrole – sont affectées par la croissance, car les réserves disponibles sont de plus en plus réduites.

Le développement de la production industrielle depuis plus de deux siècles engendre des pollutions qui contribuent au réchauffement climatique causé par les émissions de gaz à effet de serre. Entre 1990 et 2012, les émissions de CO2 ont augmenté de 51,3 % (document 2). Cette augmentation est surtout alimentée par le développement du modèle industriel dans les pays dits émergents comme le Brésil (augmentation de 128 % des émissions de CO2) ou la Chine (augmentation de 262,2 %).

2. … impliquent une croissance difficilement soutenable

Les effets néfastes de la croissance sur l’environnement donnent lieu, au cours des années 1980, à la définition de la notion de développement durable par la commission Brundtland : « Un développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures de répondre aux leurs. » Cette définition consensuelle a pour mérite de montrer la nécessité de concilier croissance et préservation de l’environnement.

En principe, l’analyse économique montre qu’il faut combiner quatre types de capital pour assurer le bien-être des populations : physique, naturel, humain et institutionnel. Les dommages causés à l’environnement réduisent le stock de capital naturel, car celui-ci est constitué par les ressources naturelles. Dès lors, selon une vision forte de la soutenabilité de la croissance, la diminution du stock de capital naturel ne peut pas permettre aux générations futures d’assurer leurs besoins essentiels.

II. Il est possible, sous certaines conditions, de concilier croissance et préservation de l’environnement

1. Le progrès technique au secours de la préservation de l’environnement

Si certains économistes (Nicholas Georgescu-Roegen, René Passet) défendent une vision forte de la soutenabilité, d’autres (Robert Solow, ­William Nordhaus) sont convaincus qu’il est possible de maintenir la croissance tout en préservant l’environnement. En effet, ces derniers, appartenant le plus souvent au courant de pensée économique dominant – l’école néoclassique –, estiment que la croissance économique dépend de la combinaison des quatre types de capital cités plus haut. Si la perte de capital naturel est compensée par un capital technique et un capital humain plus importants, le niveau global du capital nécessaire pour maintenir la croissance à un niveau élevé est suffisant.

La hausse des profits des entreprises leur permet d’investir dans le financement d’innovations visant à freiner la perte de capital naturel afin d’assurer un développement durable. Par exemple, en 2011, en France, la part des brevets concernant l’efficacité énergétique des transports représentait 31,4 % des innovations dans le domaine de l’éco-innovation (document 1). Cette nécessité de favoriser le progrès technique explique l’évolution de la dépense de protection de l’environnement qui double entre 1990 et 2012, alors que le PIB n’a augmenté que de 20 % au cours de cette même période (document 4).

2. Des politiques environnementales peuvent accompagner la croissance

Définition

Les politiques climatiques regroupent l’ensemble des instruments dont disposent les États pour réduire les rejets de gaz à effet de serre et limiter ainsi la dégradation de ­l’environnement.

Trois instruments permettent d’orchestrer la politique climatique.

Le premier est laréglementation : les pouvoirs publics instaurent des normes qui limitent les quantités d’émissions de gaz à effet de serre par les agents économiques. Le non-respect des normes expose à des sanctions financières.

Les pouvoirs publics peuvent également mettre en place des mesures pour internaliser les externalités. Le principe consiste à faire supporter à l’agent le coût de la pollution dont il est responsable. C’est le cas de la taxation (écotaxe), mesure fiscale renchérissant le coût des activités polluantes pour les agents économiques qui en sont responsables, par exemple le bonus/malus pour les automobilistes.

Dans un cadre plus libéral, les pouvoirs publics peuvent instaurer des ­marchés de quotas d’émission. Ces marchés octroient aux entreprises le droit, pour un certain nombre d’années, d’émettre une quantité de gaz à effet de serre calculée par rapport à ce qu’elles ont émis au cours d’une période de référence. Ces « droits à polluer » sont vendus par ceux qui n’utilisent pas tout leur quota à ceux qui vont dépasser le quota qui leur a été attribué.

Conclusion

Le développement économique a été accompagné d’une croissance de la production incompatible avec la préservation durable de l’environnement. Cependant, selon l’analyse libérale, il est possible de concilier croissance et préservation de l’environnement grâce au progrès technique ainsi qu’à celui du capital humain. De plus, les politiques climatiques peuvent favoriser un développement durable. Malgré tout, la question de la soutenabilité de la croissance est, aujourd’hui, un enjeu majeur que doit prendre en compte l’analyse économique.

Introduction

Les réserves mondiales de pétrole seront quasiment épuisées vers 2050, celles d'uranium vers la fin du siècle, les gaz à effets de serre commencent à faire sentir leurs effets sur le réchauffement climatique. L'activité économique est aujourd'hui une menace pour l'équilibre naturel de la planète. La recherche de la croissance économique a des conséquences visibles, pour certaines prévisibles, sur l'environnement écologique et sur les conditions de vie des habitants actuels de la Terre dont certains vivent dans l'extrême pauvreté, mais aussi, à plus long terme, sur celles des générations futures.
Après avoir rappelé, dans une première partie, en quoi la croissance économique peut entrer en contradiction avec les exigences d'une stratégie de développement durable, nous examinerons, dans une deuxième partie, les conditions économiques et politiques qui permettraient d'inscrire la croissance économique dans le cadre d'un développement préservant les chances du futur.

I. Croissance économique et développement durable : des éléments de contradiction

1. Le concept de développement durable
La notion de développement durable est apparue en 1987 dans le rapport Brundtland et elle semble, dans une première approche, entrer en contradiction, au moins partielle, avec la recherche d'une croissance économique soutenue.
Le développement durable peut se définir comme le mode de développement qui permet de répondre aux besoins essentiels des êtres humains d'aujourd'hui, notamment des plus démunis, sans compromettre la possibilité pour les générations futures de faire face à leurs propres besoins.
Cette définition assez large a, depuis son apparition, été précisée : elle fait référence, d'une part, à la question de l'épuisement des ressources naturelles et, d'autre part, à la dégradation de l'environnement à laquelle l'activité humaine donne lieu. Sur ces deux points, les exigences du développement durable entrent en collision avec nos modes de production et de consommation, avec notre modèle de croissance.

2. La question des ressources naturelles
La question de la disponibilité des ressources naturelles suppose qu'on distingue les ressources non renouvelables et les ressources renouvelables. L'épuisement des ressources non renouvelables (énergies fossiles, minerais…) en prive définitivement les générations futures et exige que peu à peu, nous apprenions à nous en passer. À plus ou moins long terme, par exemple, les réserves de pétrole sont vouées à l'épuisement. Si les évaluations de la date des échéances varient, c'est en raison du fait que les prix de ces ressources ont une influence sur les quantités mobilisables : si les prix de l'énergie augmentent durablement, certains gisements deviennent rentables, et « l'échéance fatale » en est reculée d'autant. Cependant, les prévisions les plus optimistes tablent aujourd'hui sur un demi-siècle pour le pétrole, moins d'un siècle pour le gaz naturel et l'uranium.
Les ressources renouvelables (forêts,réserves de poissons,eau) posent, elles, la question du rapport entre leur rythme d'exploitation et celui de leur reconstitution, donc la question de la gestion du stock de la ressource. Dans le domaine de la pêche, par exemple, certaines espèces sont aujourd'hui « protégées » par une limitation des captures.

3. Les atteintes à l'environnement
La prise en compte des dégradations de l'environnement est aussi une des dimensions majeures du développement durable. L'activité humaine, par exemple la production industrielle, l'agriculture productiviste des pays développés et émergents ou l'urbanisation, donne lieu à des rejets dans l'environnement qui polluent l'air, les sols, les cours d'eau, les espaces maritimes. Ainsi, les rejets chimiques, les pluies acides, les poussières urbaines, les fumées industrielles soumettent le « capital naturel » à des contraintes qui dépassent souvent le seuil de tolérance et de régénération de ces espaces.
Par ailleurs, les modes de production standardisés utilisant les ressources des biotechnologies constituent, dans le règne animal et végétal, une menace pour la biodiversité. Des centaines d'espèces animales et végétales sont menacées de disparition et la perte de cette richesse biologique représente, pour les générations futures, un préjudice à la fois écologique, sanitaire et culturel.
Enfin, la question du réchauffement climatique est devenue, pour la majorité des scientifiques comme pour l'opinion publique, un des enjeux majeurs de notre avenir. Les émissions de gaz à effet de serre, en particulier de CO2, commencent à avoir des effets perceptibles qui risquent de prendre une ampleur catastrophique : désertification de certaines zones, fonte des glaciers terrestres, montée du niveau des océans et inondation des bandes côtières (document 1). Le processus semble déjà en partie irréversible et devrait bouleverser les équilibres écologiques et humains dans de nombreuses régions du monde, conduisant des millions d'hommes à devoir migrer des zones menacées vers des terres d'accueil. On imagine sans peine les bouleversements politiques que de tels mouvements de population risquent d'engendrer.
Le bilan qui vient d'être dressé est sans appel : le mode de croissance que le monde a adopté est devenu « insoutenable » à long terme, d'autant que, pour l'instant, seule une partie minoritaire de l'humanité en a profité.
« L'empreinte écologique » (surface utilisée par un individu pour subvenir à ses besoins en résorbant la pollution qui en résulte) est aujourd'hui de 2,3 ha par être humain. Elle dépasse largement celle qui correspondrait au développement durable (1,9 ha). Mais elle atteint 9,6 ha aux États-Unis, alors qu'elle n'est que de 1,4 ha dans les pays en développement. Les besoins des pays du Sud étant loin d'être couverts de manière satisfaisante, on peut comprendre que la préoccupation écologique leur apparaisse comme un luxe de pays riches (document 6).

II. Refonder la croissance dans le cadre du développement durable

La solution est donc d'inscrire la croissance économique dans une stratégie de développement durable. Diverses voies s'ouvrent et le choix entre elles n'est évidemment pas idéologiquement neutre. On peut imaginer des réponses sur le terrain économique en faisant confiance au marché et à l'innovation. Mais l'intervention politique de la puissance publique semble également nécessaire pour faire face à l'urgence de l'enjeu.

1. Les instruments économiques
Le progrès technique peut en effet apporter sa pierre à la résolution des problèmes. Sous l'effet des innovations dans les modes de production, par exemple, la consommation d'énergie par unité de valeur ajoutée produite (intensité énergétique) a diminué dans des proportions sensibles en France (document 5).
Sur 10 ans (1996-2006), l'intensité énergétique a baissé de 25 % environ. L'accroissement de la production (+ 30 %) s'est réalisé avec une légère diminution de la consommation d'énergie (− 5 %). Dans le domaine des transports, les progrès sur les « moteurs propres » permettent une baisse de la consommation de carburant et des rejets polluants. Dans le domaine des énergies renouvelables, les cas de l'Autriche et de la Suède (document 3) prouvent que les technologies progressent. L'utilisation de techniques agronomiques moins agressives, issues de la recherche, commence à se vulgariser.
L'idéal, mais c'est encore un vœu pieux, serait que les pays émergents (Chine, Inde, Brésil) bénéficient sans délai de ces technologies. Ces transferts leur feraient franchir rapidement des étapes vers des modes de production plus écologiques et limiteraient l'impact de leur croissance rapide sur l'environnement. Cela supposerait une coopération internationale pour l'instant irréaliste (documents 4 et 6).
L'autre instrument économique est ce que les économistes appellent « l'internalisation des externalités négatives » (document 2). En clair, il s'agit d'intégrer dans le calcul économique de l'entreprise le coût des conséquences externes négatives que son activité génère. Cela suppose d'attribuer un « coût » à la pollution, à la gestion des déchets, à l'épuisement des ressources, et de faire entrer ce coût (auparavant non pris en compte) dans les charges de l'entreprise. Cela l'amène à chercher à réduire ces externalités. Les éco-taxes, les droits limités d'émission de CO2, font partie de ces instruments qui peuvent aussi s'appliquer au consommateur et se transformer en incitations positives (primes écologiques pour certains modèles automobiles ou pour les panneaux solaires, etc.).

2. La nécessaire intervention de la puissance publique
Ces pratiques, qui intègrent les préoccupations du développement durable au calcul économique, ne peuvent évidemment exister que par l'intervention de la puissance publique.
L'État, garant de l'intérêt collectif, doit en effet pallier les insuffisances du marché, qui, laissé à lui-même, n'est pas capable de concilier les intérêts économiques privés et la préservation de l'environnement collectif. Il peut articuler son action autour de deux axes, la contrainte réglementaire et l'incitation/ dissuasion. Des mesures d'interdiction de l'usage de certaines substances ont été prises ces dernières années (amiante, mercure, plomb…), accompagnées d'un système de sanctions financières ou pénales. Des pénalisations financières viennent rendre coûteuses certaines pratiques polluantes. La question cruciale est, sur un marché donné, de soumettre à ces contraintes l'ensemble des partenaires, y compris ceux qui ne relèvent pas de la souveraineté des États régulateurs. De ce point de vue, la vigilance à l'égard des pratiques productives de certains pays émergents reste indispensable.
À la suite du protocole de Kyoto, la logique de l'incitation/ dissuasion a conduit certains États à instaurer une « taxe-carbone » sur les énergies fossiles dans le but de limiter les émissions de CO2 (document 4), mais une telle mesure n'a évidemment de sens que si elle est adoptée de manière suffisamment large pour ne pas créer de distorsions de concurrence. On voit donc combien la nécessaire intervention publique doit s'inscrire dans le cadre des contraintes du marché.

Conclusion

La difficulté de concilier croissance économique et développement durable s'exprime chaque jour un peu plus. Cela conduit certains courants de pensée à prôner la décroissance. Cette situation rend urgente une prise de conscience à l'échelle planétaire. La nécessité d'une transformation radicale de notre rapport à l'environnement et de nos modes de consommation et de production peut conduire à l'optimisme ou au pessimisme, selon qu'on regarde le chemin parcouru ou celui qui reste à faire. L'impulsion doit venir de la sphère publique, dans la coopération des États, mais les comportements privés ont aussi à prendre en charge une partie importante de cette révolution.

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